Contexte
Rebecca Dürr se bat pour que sa voix compte
Rebecca Dürr est née avec une parésie cérébrale. Longtemps son écriture manuscrite était trop grande et trop peu lisible pour les petites cases des feuilles de signatures. C’est pourquoi autrefois sa mère notait ses coordonnées… mais Rebecca a toujours signé elle-même. À force d’entrainement, elle réussit aujourd’hui à tout écrire elle-même. Cependant, elle se demande si elle n’aura pas à nouveau besoin un jour d’être secondée si sa vue se détériore davantage.
Enfant déjà, Rebecca voulait apprendre à écrire lisiblement malgré ses troubles moteurs. L’assurance-invalidité lui a mis un ordinateur à disposition pour l’école, mais elle ne l’a guère utilisé. Elle voulait pouvoir écrire sans moyen auxiliaire. Aujourd’hui, elle est fière de sa capacité durement acquise. Pour Rebecca, il est clair qu’un handicap ne doit pas être une raison d’écarter des gens de la participation politique. «Je trouve important de faire usage de mon droit de vote», insiste-t-elle.
Rebecca connait les «Dispositions spéciales pour les personnes incapables d'écrire». Elles prévoient qu’une autre personne remplisse la feuille et la signe en ajoutant la mention «p.o.» – par ordre. Rebecca trouve cette solution paternaliste. De nombreuses personnes handicapées fournissent de gros efforts pour signer elles-mêmes et elles ne veulent pas qu’on leur ôte cette possibilité. C’est aussi pourquoi elle désapprouve profondément le qualificatif «incapables d’écrire»: beaucoup de personnes peuvent tout à fait écrire, mais ont de la peine à le faire suffisamment petit ou lisiblement. Il faut au contraire trouver des solutions répondant aux différents besoins, comme des cases plus grandes ou la possibilité de renseigner les données à l’ordinateur, imprimer la feuille pour ensuite la signer soi-même.
Dans un premier temps, Rebecca n’a rien su du durcissement que la Chancellerie fédérale a imprimé à l’examen des signatures. Ce n’est que grâce à la présente campagne qu’elle l’a appris. Elle trouve inéquitable et incompréhensible que des signatures puissent être invalidées, lorsque l’on a eu besoin d’aide pour écrire ses coordonnées.
La nouvelle pratique l’affecte d’autant plus qu’elle a travaillé d’arrache-pied des années durant pour arriver à écrire de manière autonome. «Pas seulement pour moi, mais pour beaucoup d’autres», estime-t-elle. Son histoire montre pourquoi des solutions souples sont requises: aujourd’hui, Rebecca peut remplir les cases elle-même. Mais si sa vue se détériore davantage, elle pourrait à l’avenir avoir à nouveau besoin d’être secondée. Son droit à participer à la démocratie ne doit pas en dépendre.
Nous avons en Suisse une démocratie directe qui devrait fonctionner indépendamment de notre état de santé.
C’est pourquoi Rebecca requiert que les personnes en situation de handicap obtiennent différentes possibilités pour exercer de manière autonome leurs droits politiques, en étant aidées si nécessaire et avec la certitude que leur voix compte.